Michel Serres

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Michel Serres, Philosophe, membre de l’Académie française
(RDD 2007-2008)

Trois révolutions majeures

« Dès l’émergence des nouvelles technologies, nous avions deviné les espoirs qu’elles portaient. Ils se résument, je le crois, en un seul mot : le doux. Par cet adjectif, je traduis le soft usuel.
Tout le monde, aujourd’hui, parle du global, du mondialisé, d’enjeux planétaires. Certes. Et si nous revenions, un moment, sur le local, ici et maintenant ?
Seul, dans mon bureau retiré dans un minuscule hameau, je puis me connecter à tous les savoirs, à un nombre immense de semblables... sans jamais utiliser une énergie considérable.
Voici plus d’une décennie, à l’arrivée des nouveaux portables, j’avais proposé à Vivendi la devise : maintenant, tenant en main le monde. Moi, ici et aujourd’hui, dans mon étroite localité, je convoque le grand, le global, le mondial.
Triple bénéfice.
Le premier, politique, remplace le collectif par le connectif, qui nous permet d’inventer de nouvelles manières de vivre, de penser, de décider, d’agir ensemble. Le local rassemble le global humain et peut, ô merveille, agir efficacement sur lui.
Le deuxième, cognitif, donne une nouvelle importance et une dignité neuve à la seule personne individuelle, mais aussi un pouvoir, dont croît tous les jours l’impact, même en économie. Nouvel ego, nouveau cogito.
Le troisième, écologique, permet, pour faire un cours, une conférence, énoncer un avis, prendre une décision, éditer un texte, organiser une réunion, y assister... de ne pas traverser mers et continents, en avion. Ainsi décroît la pollution de l’atmosphère.
Nouveau je, nouveau nous et nouvel espace d’adresses et de voisinages. Dans ce nouveau monde et au milieu de ces nouveaux hommes, comment ne pas changer nos conduites et réviser nos idées ? »



Mise à jour le jeudi 23 juin 2011.